Le sang du foulard

Le sang du foulard

Guerre des boutons de l'après Pergaud

Quand les enfants jouent à la guerre...

Il ne s'agit pas de "littérature scoute", mais ça y ressemble!

 

Les adaptations

qui me donnent

des boutons!

 


Dans un blog essentiellement consacré au cinéma, à propos du film d'anthologie d'Yves Robert (La guerre des boutons), sorti en 1962, je posais la question suivante,  (c’était le 6 juin 2010): «Âmes pudibondes, s’abstenir! on y voit des garçonnets se saouler la g…, fumer, l’un offrant sa cuisse à une fillette, et, Ô scandale! courir dans les bois tout nus! Ce film pourrait-il être tourné aujourd’hui?» (fin de citation). Le présent article, rédigé le 22 février 2011, est revu, corrigé et remis en page le 7 mai 2015.

 

 

 

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Une question que je posais avant la sortie des films ! (Montage de la rédaction sur une photo "de plateau" du film d'Yves Robert sorti en salle en 1962: cette image, sans les affiches qui y sont intégrées ici, était épinglée sur les façades des cinémas: aujourd'hui, c'est le réalisateur qui serait... épinglé!)

 


2011 Odyssée de l’espace…

rétro?



Le Web me répondit  En 2011, deux maisons de production, avec deux réalisateurs, se mettaient sur les rangs pour réitérer une adaptation (et non un remake puisqu’il s’agissait là de la transcription cinématographique d’un roman original) du bijoux de Louis Pergaud, écrivain talentueux et atypique (et instituteur) tué sur le champ de bataille en 1915 (à 33 ans) quelque trois années après la publication au Mercure de France de son roman à succès : La Guerre des boutons… Je n’en rajouterai évidemment pas sur «l’argument» du livre ni sur les trois adaptations cinématographiques (1936, 1962, 1995) dont celle d’Yves Robert qui draina, dit-on, 10 millions de spectateurs dans les salles obscures. Ainsi donc, en l'an de grâce (?) 2011, une gué-guerre nous a été servie : celle de deux producteurs de films sur deux projets identiques quant à la source mais probablement pas similaires quant à l’esprit

 

et les deux m'ont donné des boutons! et quand ça gratte, on a envie de crier !



La France profonde des sillons

et des mamelles…



Quand je lisais que Yann Samuell (Jeux d’enfants, L’âge de raison) incorporait au récit une fille «garçon manqué» et «chef de bande», je m’effrayais quelque peu - et même, l’avouerai-je, beaucoup! D’autant que son scénario allait se situer, comme chez Yves Robert, dans les années soixante… avec la volonté affichée de «dépoussiérer» ou mettre «au goût du jour» (le goût du Coca?) cette belle histoire, qui n’a de sens et de fraîcheur (si j’ose dire) que dans son contexte socio-politique de la première moitié du XXème siècle, encore qu’Yves Robert avait réussi avec assez de bonheur à l’insérer en 1962. C’est que la France profonde où l’histoire est ancrée est, que cela plaise ou non, celle des sillons et des mamelles, des clochers et des écoles de villages, de la bouse dans la rue et de la gnôle servie aux gamins, de la séparation entre les jeux de garçons (jeux à bleus) et ceux des filles (jeux couleurs de roses), de l’animosité entre laïcs et curés, des litres de pinards dans les champs et sur les tables des cuisines, de la tabagie dans les bistrots plus nombreux que les boulangeries… «Douce France» encore présente en 1962, dans nos vertes campagnes sans 'ogm' (mais déjà beaucoup moins qu’en 1940/44, l’époque choisie par le réalisateur Christophe Barratier).

 


La mixité

dans les sablières

 


On peut s’interroger sur le choix de rendre «égalitaire» (entre les sexes) la guerre des gosses: pas de sexisme ! c’est désuet et ringard ! des filles ! des filles ! La mixité même dans les sablières: ‘faut vivre avec son temps et gommer l’aspect bourgeois et réac’ de la vieille France, où garçons et filles allaient dans des écoles voisines mais séparées ! (Si le lecteur me prend pour un misogyne invétéré, qu’il aille visiter quelques unes de mes notes, publiées dans d'autres blogs : il y trouvera tout ce que je pense de bien, voire de sublime, sur des femmes, qu’elles soient militantes politiques du passé ou réalisatrices de cinéma du présent...). Seulement voilà, la guerre des boutons est une guerre de garçons comme il s’en faisait à l’époque, époque où les filles jouaient “normalement” à la poupée et à la dînette (quelquefois cependant avec les petits garçons) ! C’est un fait et on n’y peut rien changer.  Pour ne point faire perdre à cette charmante histoire de sa spécificité - et de sa crédibilité -, ne fallait-il pas respecter le «standard» de l’époque, sa normalité du moment couleur sépia ? si noire (et blanche) était-elle ? L’aspect garçonnier de l’histoire transparaît d’un bout à l’autre du récit. Des pères «chefs de famille», brutaux, autoritaires, soûlots, et des mères effacées, soumises, raccommodant les chaussettes et les boutons entre les lessives à la main et le fourneau…, ainsi était la France de la première moitié du XXème!

Désolé, mesdames et demoiselles les militantes de la horde des "Femen" !

 

Ne faut-il pas assumer l’époque si l’on veut s’emparer d’une œuvre fortement datée en prétendant la porter à l’écran?

 


Verlan contre Velrans

 


Ou alors, pourquoi ne pas faire d’Alice au pays des merveilles un enfant mâle, un gamin des cités, avec baskets et casquette à l’envers, parlant verlan (et non Velrans)? La mentalité des terroirs de 1960 était très proche de 1913 (version d’Yves Robert) et la mixité dans les écoles commençait tout juste à poindre son nez… De plus, les populations rurales conservaient encore fermement leurs principes et traditions tandis qu’à la ville, le monde «ouvrier» s’émancipait, si j’ose dire, des vieilleries séculaires. Ancrer sa narration sous l’occupation (projet de Barratier) me semblait naturellement plus judicieux - la France de Pétain: celle de l’apologie de la paysannerie justement -, et l’on pouvait y placer aisément les antagonismes socio-politiques de 1913 (les «conservateurs» contre les «républicains») puisque les fervents républicains désapprouvaient l’avènement du Maréchal, pourtant salué par la majorité de la France des sillons. Je subodorais que Barratier allait nous brosser un instituteur laïque pur et dur, en opposition quotidienne avec de farouches pétainistes plus ou moins collabo…, ce qui, sans perturber la guerre des gosses, aurait pu donner tout l’éclat utile au rôle de l’instit. J’avais beaucoup aimé (contrairement aux journalistes de Télérama) le remake de la Cage aux Rossignols de Christophe Barratier (Les Choristes) et constaté qu’il était beaucoup plus séduisant avec le récit des autres qu’avec ses propres idées de scénariste (Faubourg 36).

Le texte de Pergaud est une mine d’or enfouie dans les sablières. Mais attention! comme toutes les mines… elle peut exploser dans les pieds du chercheur de trésors imprudents ! Et finalement, c'est bien à une explosion (de mièvreries) à laquelle on a eu droit, en automne 2O11 - deux explosions successives aussi inoffensives... qu'assassines (pour l'oeuvre littéraire éponyme) !

On l’aura compris : je craignais le pire pour le film de Yann Samuell et attendais le meilleur pour la version de Barratier... Mais l'un et l'autre de ces pilleurs de littérature "de terroir" ont commis un véritable autodafé!

Jonathan


 



Distribution pour Barratier: Kad Merad, Gérard Jugnot et... des gosses !

Et pour Samuell: Alain Chabat Mathilde Seigner, Laetitia Casta et... des gosses !

 

 

 

D'une guerre

à l'autre! 

 

 

Barratier situe "son" histoire à la fin de la deuxième guerre mondiale tandis que Samuel a choisi la guerre d'Algérie... Le récit original de Pergaud se déroule en 1912. Sous ce pavé (dans la mare), je posais la question à laquelle, finalement, le public n'a pas vraiment répondu...

 

 

Article complémentaire:

La Guerre de Barratier... Une débâcle!



07/05/2015
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