Le sang du foulard

Le sang du foulard

Feuilleton épisode 11 : Labyrinthe

Episode X sur ce clique...

 

XI

Labyrinthe

 

Xavier, jeune fils de Robert Leblanc, que la patrouille a vu tenant la buvette durant leur première visite, s’approche du portillon de la grotte… Son père commence un commentaire à l’adresse d’un groupe important de touristes, que la plateforme ne peut entièrement contenir, ce qui oblige une partie de la clientèle à se serrer sur l’escalier en béton qui y conduit. Tandis que sa mère Chantal assure l’accueil au pied de la falaise, mission a été confiée à Xavier de conduire les scouts-spéléos jusqu’à la « désob’ » du réseau des Soupirs. Après quoi, le garçon de douze ans devra lui aussi guider un prochain groupe de visiteurs. Xavier ouvre la grille et pénètre dans la caverne, dont la température creuse un écart d’une vingtaine de degrés avec l’extérieur chauffé par une journée caniculaire ! La première salle, un peu éclairée par la lumière naturelle, est petite et sèche. Une sorte d’escabeau permet de grimper sur un gros rocher coincé entre deux autres blocs calcaires. On descend de l’autre côté de cet éboulis par un escalier en bois très raide. Suit une galerie dont le plafond va en s’élevant. Le fils de M. Leblanc, vêtu d’un anorak, fait la trace avec une énorme lampe à pile ; il s’agit de préserver aux touristes la surprise des éclairages de la grotte, que le guide doit progressivement allumer en actionnant les interrupteurs correspondant à chaque section. Ainsi, la patrouille des Choucas, en file indienne car les galeries sont étroites, chacun avec sa lampe torche, découvre Baume Étrange sous un... jour nouveau ! Le faisceau lumineux des lampes crée un univers rétréci ; les parois et la voûte perdent de leur relief et les couleurs pourtant si vives à Baume Étrange paraissent bien ternes. Cependant, les scouts retrouvent ces parois étranges faites de boursouflures grossières et de profondes cannelures ; les parties saillantes accrochent les rayons de lumière qui projettent des ombres tarabiscotées et mouvantes comme des fantômes fugitifs. Après le « carrefour des Perdus », la patrouille traverse la « salle Ronde » puis s’enfile dans le corridor en pente descendante qui semble conduire aux enfers. On aboutit à une galerie tout aussi étroite mais qui atteint cinq mètres de hauteur. Là encore, on doit circuler en file indienne ; ce couloir naturel est le plus étonnant du circuit touristique : du sol au plafond la roche hérisse des lames lacérées dont les pointes se dirigent dans tous les sens. Des alvéoles creusent les parois et la pierre déchiquetée masque une multitude de niches obscures. La « salle du Dinosaure » (ainsi baptisée parce qu’une éminence rocheuse évoque « grandeur nature » l’animal préhistorique), la galerie qui la prolonge ainsi que la « salle du Lac » sont de même caractère : parois et plafonds crevassés, lames de roche fines et aiguisées, trous profonds et mystérieux…

 

Baume Étrange est un réseau de couloirs sinueux et labyrinthiques dont on connaît près de deux kilomètres. L’itinéraire touristique ne couvre que les trois cents mètres de la branche principale qui va de l’entrée jusqu’à la salle du Lac. Sous le plan d’eau terminal se poursuit une galerie entièrement noyée appelée « le siphon ». Sous l’impulsion de Robert Leblanc, ses amis spéléologues s’intéressent au « réseau fossile », c’est-à-dire à la partie sèche de la grotte, abandonnée depuis fort longtemps par la rivière souterraine. Dans l’une des galeries non aménagées, ils ont entamé la désobstruction d’un passage étroit encombré de terre glaise. Ces travaux de déblaiement, justifiés par de savantes hypothèses, pourraient ouvrir l’accès à un vaste réseau de galeries inconnues. En ce début d’été, la bande d’explorateurs des cavernes si attachée à Baume Étrange est disloquée par les vacances familiales ; le bouchon d’argile paraît assez important pour laisser aux scouts de Saint-Ange le plaisir de s’y mesurer ! Il faut dire aussi – aveu de M. Leblanc -, que ce travail ardu et fastidieux a quelque peu découragé l’enthousiasme de ses amis. 

 

Avant la salle du Lac, une galerie plus haute que large (une diaclase,  fissure dans la montagne que corrosion et érosion conjuguées ont élargie), s’ouvre dans la paroi sur le parcours au sol bétonné du circuit touristique. C’est l’entrée du réseau des Soupirs. Les Choucas emboitent le pas à Xavier. Une marche d’une dizaine de mètres sur un sol sablonneux permet d’aboutir à un « laminoir » : un passage très bas où il faut ramper sur une sorte de glacis calcaire puis, paraît-il, des galets. Pa question d’aller plus avant ! Les Choucas, en chandail et uniforme scout, ne sont là que pour « reconnaître » le passage « clé ». Au-delà de l’étroiture peu engageante se trouve la suite du « réseau » avec le « chantier » de la désobstruction. « Vous ne pouvez pas vous perdre ! assure Xavier, la désob est au bout d’un cul de sac, à une vingtaine de mètres… Vous y trouverez pelle et pioche et un seau et une corde. La paroi est compacte et sans danger. C'est le sol qu'il faut creuser: que de l'argile ! Vous verrez le début de la tranchée...»

 

De retour sur l’esplanade de Baume Étrange, les Choucas surprennent Arsène H, l’archéologue en charge du gisement du cirque de Pré-les-Fonts, à l’œuvre dans sa « fosse », suant dans la poussière. L’ancien instituteur, préhistorien spécialiste du paléolithique, gratte son mètre carré à la spatule et au pinceau… mais sans la brosse à dents chère à Mousse ! « Mes gars sont tous partis en vacances ! ronchonne le savant. Une semaine de fouilles est prévue début août, mais jusque-là, plus personne ! Enfin ! Je sais que je peux compter sur vous, c’est bien ça ? – On fera un roulement d’équipes avec mes scouts ! annonce Aigle avec superbe. – On vous aidera, Monsieur ! » surenchérit Mousse-la-brosse-à-dents. L’archéologue sort du trou en escaladant la petite échelle, sert les mains et offre un rafraîchissement.

 

En fin de journée, la patrouille se rassemble sur le carré central du camp. L’absence de Hibou et de sa « deudeuche » met un peu de tristesse dans le groupe. Le parrain de la troupe a quitté Pré-les-Fonts en milieu d’après-midi, non sans avoir discuté avec Robert Leblanc de quelques points concernant la sécurité de la patrouille. Une conversation éclairée a également eu lieu avec l’abbé Gerland, le matin après la grand-messe, le curé prenant un peu le relais de Hibou parallèlement à ses fonctions d’aumônier. Néanmoins, le départ de Hibou paisible donne du tonus aux Choucas : la patrouille libre sera garante de sa propre indépendance, dans la confiance mutuelle de chaque élément et le désir commun d’autonomie ! Chacun est décidé à remplir correctement sa ou ses tâches, de se soumettre à la discipline du groupe, d’obéir au CP… Pour Rémi, l’enjeu est d’autant plus grand et excitant qu’il s’agit de gagner l’estime de ses « frères scouts ». Et puis les scouts de Saint-Ange sont fiers de leur campement qui est repérable du lever au coucher de soleil par le drapeau de leur patrie. Ils sont fiers d’arborer l’étendard noir à la croix potencée blanche qui est étalée sur un côté du marabout, soigneusement accrochée par Wapiti, et qui fait rêver à un vaisseau de corsaire…

 

Sur proposition du CP, ce premier jour de camp va être marqué d’une croix blanche : non pas seulement avec l’étendard emblématique de la patrouille libre de Saint-Ange, solidement fixé au marabout, mais par une première expédition souterraine !

  

On a décidé, d’un commun accord, qu’une équipe de trois Choucas ira effectuer ce soir une désobstruction dans le réseau des Soupirs.

 

La suite sur ce clic…  



08/03/2015
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