Le sang du foulard

Le sang du foulard

Feuilleton épisode 4 : Découvertes

Roman-feuilleton

La partie III est sur ce clic

 

IV

Découvertes

 

 

 

Le hameau s'accrochait sur des pentes herbeuses qui descendaient jusqu'au torrent de la Bourne, tout au fond des gorges. Au-delà, sur le versant opposé, des  falaises vertigineuses s'élevaient, festonnées de langues de verdures, percées de cavités inaccessibles. A proximité du hameau, au-dessus du talus, une bande de prairie à l'herbe clairsemée cohabitait avec les buis et les pierriers. Plus haut, les éboulis dénudés s'agrippaient à la muraille calcaire.

 

Les Choucas se rafraîchirent à la fontaine du Pra - un bâti de pierres plates, d'où un tuyau de métal déversait une eau claire et chantante dans une petite cuvette ; l'eau débordait pour s'écouler le long d'une rigole. Les six garçons se mouillèrent le visage, la nuque et les jambes, en poussant des exclamations de soulagement, s'abreuvant à satiété, aussitôt ragaillardis par la source vivifiante. Rémi prolongea ce plaisir  tonique tant il était nouveau pour lui. Il y avait eu le lavoir, il y avait maintenant la source issue des falaises… Et leur ascension cycliste pilonnée par le zénith avait été si rude ! Tout lui semblait « récompense » : l’eau fraîche et le ciel au bleu profond qui faisait ressortir les couleurs pastel des falaises lumineuses, un air sauvage qui sentait la pierre et le buis, un calme mystérieux… Après avoir arpenté l’aire de campement, le CP la qualifia « d'idéale ». Trois vieux bâtiments, dont on ne voyait que les toits de tuile romaine, se tassaient sous la route. On alla visiter ce pâté de maisons. Un court chemin accédait au hameau, défendu par une pancarte « Attention au chien ». Stéphane (Wapiti Têtu), malgré sa carrure et ses mains de géant, avait peur des chiens. « Le hameau est abandonné ! » rassura Aigle. Une seule maison était délabrée, la plus petite, sinistre, sur la gauche de l’allée, flanquée d’un hangar, percée d’une porte au rez-de-chaussée et d’une fenêtre à l’étage, uniques ouvertures dépourvues de battants. Le CP décida que l’on mangerait ici le casse-croûte sorti du sac, à l’ombre des feuillages, avant de reprendre la route qui aboutissait aux grottes, située à près de trois kilomètres. La visite de « Baume Etrange », caverne aménagée pour les touristes, serait le point fort de la journée. De plus, on devait y rencontrer le propriétaire auquel appartenait aussi le terrain du futur campement.

 

C’était un homme de moins de quarante ans ; une abondante chevelure brune et hirsute, assortie à une épaisse moustache gauloise, lui faisait une bonne tête. Robert Leblanc était un spéléologue expérimenté. Il avait acheté le site des grottes quelques années plus tôt, avec une bande de copains de son club de spéléologie. Il assurait la fonction de gérant de la société d’exploitation et en assurait le fonctionnement, à la fois agent d’accueil, vendeur de billets, préposé à la buvette et guide ! Baume Étrange n’était que l’une des trois cavités importantes qui perçaient la falaise. La muraille calcaire était creusée en demi-cercle à l’intérieur de la montagne. On l’appelait « le cirque de Pré-les-Fonts ». Baume Étrange, seule caverne aménagée du site, n’avait pas encore livrée aux spéléologues tous ses secrets. A l’extérieur, des fouilles archéologiques étaient en cours aux abords de la grotte. Aigle se risqua : « On pourrait…, on pourrait participer aux fouilles pendant notre camp ? – Avec plaisir ! répondit M. Leblanc, tout sourire. Le directeur de fouilles manque de volontaires... Il suffira de vous entendre avec Arsène (c’était son nom). Je lui parlerai de votre projet. Il sera ravi ! ». Le CP devait aussi obtenir l’autorisation d’explorer les grottes. « Si vous êtes spéléos, pas de problème ! Je pourrai même vous prêter du matos s’il vous manque quelque chose. La grotte du Lac Vert, à deux pas, nécessite un canot pneumatique : un plan d’eau profond se trouve juste à l’entrée, sous le porche. Il y a aussi une désobstruction  que j’ai commencée dans baume Étrange… Si ça vous intéresse de creuser et de sortir de l’argile, elle vous attend ! ».

 

Le CP des Choucas était aux anges ! Il rentrerait le dimanche soir avec :

- un terrain pour camper près d’une source ;

- un aumônier et des messes à servir pour ses deux enfants de chœur ;

- des grottes à explorer et à… creuser !

- un chantier de fouilles préhistoriques…

- quant aux « voies » d’escalade, elles étaient à proximité, depuis le Pra jusqu’à Baume Étrange !

 

Quand les six garçons se retrouvèrent seuls à l’écart, sous l’ombrage végétal de buis centenaires, alors qu’il fallait attendre la prochaine visite guidée, Aigle ne put s’empêcher de sauter en l’air, bras tendus vers le ciel, en hurlant sa joie comme un footballeur qui vient de marquer un but. Il n’avait pas osé libérer sa joie immense près de la buvette en présence de « témoins » étrangers à la patrouille. Et puis il avait suffisamment de pudeur – ou d’orgueil -, pour ne pas dévoiler son enthousiasme à leur hôte… Le petit se mit alors à chjakasser en tournant autour du groupe, « battant des ailes » comme il l’avait fait au local de la côte Saint Martin. Quelques touristes qui faisaient les cents pas sur l’esplanade de la grotte, à une dizaine de mètres, se retournèrent et sourirent de cette sarabande. Le plus jeune de la patrouille s’était vu « totémisé » Mouche Pas-Touche, surnom choisi par le groupe pour coller avec le caractère fouineur « virevoltant » du garçonnet : François ne tenait pas en place, prenant son envol à la moindre occasion, se posant sur un objet pour l’observer, le tripoter, voire commencer à le démonter ! Mouche aimait voir de près, toucher, retourner, explorer… On devait fréquemment « le chasser » d’un revers de main pour prévenir quelque maladresse consécutive à sa curiosité. Par exemple, le vieux carillon du local en avait souffert et se trouvait désormais inapte à donner l’heure ! 

 

La rivière souterraine de Baume Étrange, que vomissait un trou noir trop bas pour être franchissable, sorte de lucarne creusée au pied de la falaise, était canalisée à droite de l’esplanade d’accueil puis, filant sous une passerelle, se déversait en cascade en direction des gorges. L’absence de pluies en cette période de sècheresse l’avait réduite à son débit minimum proche de l’étiage : dix litres à la seconde, soit… une goutte d’eau ! Dans son eau parfaitement transparente, l’on pouvait y voir quelques truites folâtrer, ce qui retint momentanément l’attention des Choucas. A gauche de la « rivière » (devenue ruisseau), un escalier abrupt permettait d’atteindre une plateforme de béton construite devant l’entrée de la grotte qui s’ouvrait à six mètres du sol. Le « porche » était bas et plus large que haut, partiellement muré et précédé d’une marche. Une grille « de prison » en protégeait l’accès. Un air froid soufflait de l’intérieur. Les scouts, vêtus de lainages ou de blousons, mêlés à un petit groupe de touristes, se rassemblèrent autour de Robert Leblanc. Le guide donna quelques explications puis ouvrit la grille des enfers qui, naturellement, grinça sur ses gonds. Un garçon d’une douzaine d’année, son fils, assurait l’accueil à la buvette. « Attention à la tête ! » Il fallait s'incliner pour entrer…

 

Les galeries de Baume Étrange étaient surprenantes. La patrouille libre de Saint Ange sur Rhône, pourtant spécialisée en explorations souterraines, n’avait jamais rien vu de semblable. La « baume » portait bien son nom ! Quant à Rémi, désormais « cul de pat’ » (le dernier arrivé dans la patrouille), il reléguait à de simples « décors à touristes » les quelques gouffres aménagés, exagérément éclairés de mille projecteurs colorés comme à l'opéra, qu’il avait visités en famille, dans le sud de l’Ardèche ! La perspective d’aller « explorer » Baume Étrange en spéléologues, pendant le camp d’été, en compagnie de ses nouveaux amis – ses « frères » scouts –,  le comblait de joie. Durant la visite guidée, il dissimula son visage pour cacher ses yeux larmoyants d’émotion – la pénombre se faisant complice de sa pudeur…

 

En fin d’après-midi, la patrouille des Choucas se transporta d’un coup d’aile aux cascades du lac Vert puis au porche de la cavité dont elles étaient issues. Déjà fascinés par l’étrangeté de la grotte aménagée, ils furent émerveillés par la féérie du plan d’eau émeraude du lac Vert, partiellement éclairé par le jour. Ils enfourchèrent leurs vélos à regret pour regagner le village avant de grimper à la ferme du père Arnaud pour y bivouaquer. Exténués, ils firent une halte au lavoir, s’y abreuvèrent, puis attaquèrent l’ascension ultime de la journée.

 

A quelques minutes du village, en aval du vallon creusé par le torrent du Lac vert, la ferme isolée du vieil homme baignait encore dans la lumière dorée du couchant. Des champs en étages la séparaient du village. Un bouquet d’arbres permettait de la repérer. Un chemin sans issu y conduisait. Dans la cour déserte chuchotait une fontaine qui coulait dans un grand bassin. Quelques meuglements espacés provenaient de l’étable située près de la grange, dont le portail était grand ouvert. Les scouts furent intrigués par une masse informe suspendue par un filin au-dessus du bassin. Un nuage de grosses mouches tournoyait autour de la chose d’où une odeur nauséabonde insoutenable s’évaporait. En se pinçant le nez, les garçons s’avancèrent et identifièrent la chose.

 

Mouche cria d’effroi…   

 

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14/01/2015
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