Le sang du foulard

Le sang du foulard

Baume Etrange Episode 29

Les Disparus de Baume Étrange

 

© Gérard Foissotte

 

L’épisode 28 c’est par ici !

XXIX

 

 Feux follets

 

 

 

Ce jeudi 5 juillet, à la mi-journée, toutes les agences de presse diffusaient l’incroyable nouvelle : Les « disparus de Baume Étrange » venaient d’être retrouvés sains et saufs à près de trois kilomètres à vol d’oiseau du cirque de Pré-les-Fonts !

 

Grâce à un concours de circonstances inimaginable, les deux jeunes scouts-spéléologues avaient recouvré leur liberté au bout de quarante heures de séjour souterrain forcé. S’il ne s’était trouvé justement dans ce gouffre un important stock de colorant dissimulé lors d’une précédente expédition – stock dont l’existence était connue des Choucas –, jamais les sauveteurs n’auraient été les chercher dans un trou du plateau de Presles ! Mais le plus sensationnel était dans les explications fournies par les deux « rescapés des oubliettes » (expression inventée par les journalistes), à propos de l’origine de leur aventure…

 

…Qui commença donc dans la nuit du dimanche au lundi.

 

Les deux scouts-spéléologues étaient sortis de la grotte vers quatre heures. L’euphorie du « perçage » de la désobstruction, avec l’ouverture sur un « grand vide » inconnu, encore inaccessible mais générateur d’un courant d’air « aspirant », leur avait fait oublier l’écoulement du temps… De plus, lorsque Wapiti avait extrait la montre de sa combinaison, le cadran affichait une heure quarante-huit… - mais il ignorait que le mécanisme en était arrêté - ; le second de pat’ avait oublié de la remonter ! Revigorés par le bonheur d’une « première » à portée de main, désireux cependant d’abandonner la tranchée exiguë et de se dégourdir les jambes, les deux scouts-spéléos quittèrent le réseau des Soupirs pour une escapade plus sportive du côté de l’Œil du Diable… Panthère, qui ne manquait jamais d’user (et d’abuser parfois) de sa découpe filiforme, réussit à franchir la « diaclase impossible » sur près de quatre mètres. Il avait mis une trentaine de minutes pour s’en libérer, demeuré coincé dans cette fissure qui avait eu raison de sa témérité !

 

- Chapeau ! fit le parrain des Choucas, tu as eu un sacré courage !

- Hem…, un tantinet imprudent ! opina Aigle.

- Il ne faut jamais forcer ses limites… poursuivit Renard.

- Tu as pris de sacrés risques ! surenchérit Aigle.

-  Moi…, tu crois que je pourrais aller plus loin ? questionna Mouche.

- On te l’a dit, moustique ! Les secouristes se sont arrêtés là où la diaclase faisait la largeur d’une main… D'accord, t'es pas bien gras mais..., heureusement pour toi, ton gabarit te disqualifie!

- Il a fait ce qu’il ne faut pas faire, précisa Wapiti. Il a vidé ses poumons pour avancer…

- Bon Dieu ! Ça, oui, ‘faut jamais le faire ! Tu coupes ta respiration…, condamna Hibou.

- …Et tu clapses ! s’écria Mouche, sentencieux.

- J’ai dû le tirer en tendant le bras…, ajouta Wapiti.

- …Nos mains avaient peine à se toucher !

- …En tirant Panthère de ce pétrin, j’ai fait ma « B.A. » du jour ! plaisanta Wapiti.

- Ta « B.A. » de la nuit, rectifia Renard, sur un ton badin.

- En franchissant la vire de l’Œil du Diable, au moment où j’ai voulu rallumer ma frontale qui commençait à déconner, mon pied a glissé et je me suis rattrapé in-extrémis en m’accrochant à une saillie de la paroi, tranchante comme un rasoir…

- La fameuse « main sanglante » ! fit Mouche avec emphase.

- Et ton briquet est tombé dans le lac ! devinait Hibou.

- Ça pissait le sang… C’est là où je me suis amusé à imprimer mon empreinte sur la « prise » du réseau des Soupirs, à la jonction avec la partie aménagée…

- Un « jeu de piste » ! commenta Mouche.  

- Après, je me suis bandé la main avec mon mouchoir…

- Le « mouchoir de sang », dit Mouche.

- Après avoir verrouillé la grille et remis la clef à sa place, on s’est débarbouillés dans la rivière, encore en combinaison et avec nos bottes pour en décoller l’argile…, racontait Panthère.

- Le ciel était sans étoile et des bourrasques de vent s’engouffraient sous le porche.

- On a compris qu’il y allait y avoir un orage… 

- Les flammes d’acétylène n’éclairaient presque pas…

- Les générateurs étaient en fin de carbure…

- Grâce à la nuit noire et aux flammes minuscules de nos acétylènes, des lumières étaient nettement visibles sur le sentier du vallon…

- Des flammes d’acétylène qui avançaient dans les feuillages, montaient ou descendaient…

- Tout un ballet de feux follets !

- On a compris que c’était des spéléos…, mais, à cette heure, et sans que Robert ne nous en ait parlé, ça nous paraissait bizarre… On savait que Robert contrôlait les explos au Lac Vert.

- C’est Panthère qui a eu l’idée d’aller y jeter un coup d’œil… Il fallait « les » surprendre. On ne s’est pas changé.

- Et le mouchoir ? Trouvé sur la vire en contre-bas du chemin ? encore un « signe de piste » ? avançait Rémi.

- Du tout ! Mon pansement se défaisait… Je me suis arrêté et ai voulu le refaire tout en regardant les lumières mystérieuses en contre-bas sur le sentier du vallon et le mouchoir m’a échappé. On a marché discrètement à la lumière de l’électrique de la frontale de Panthère, orientée sur le sol pour ne pas être repérés…

- Arrivés au porche du Lac Vert, quatre ou cinq spéléos qui déchargeaient un canot pneumatique nous ont regardés…

- On a compris qu’ils n’étaient pas « nets » !

- On les a salués… On s’est approché d’eux…

- Ils nous ont raconté des salades…

- Alors là, tout a été très vite ! J’ai senti quelqu’un derrière moi qui m’a saisi par les bras…

- Même chose pour moi…

- « Fermez vos gueules et il ne vous arrivera rien ! » a fait un mec.

- La suite, vous la connaissez… On est descendus, de force, jusqu’à la ferme du père Arnaud. Les mecs qui descendaient avec nous transportaient des caisses pleines et ceux qu’on croisait remontaient des caisses « vides ».

- Deux camionnettes, des « Tub » Citroën, étaient garés plus loin en bas de la ferme.

- On a compris qu’ils faisaient un trafic…, et qu’on les avait « dérangés » !

- Du pillage de grottes… Ça doit être important pour qu’ils aient pris le risque de nous kidnapper !

 

…L’ami Martin, honorable président de la veillée des Choucas, toujours campé stoïquement sur la poutre de la cheminée, semblait prêter une oreille attentive au récit incroyable des deux jeunes scouts. Le regard profond de la tête de mort s’animait un peu, au gré des mouvements vacillants des bougies. Les Choucas possédaient une lampe à pétrole dans leur intendance et il y avait aussi celle de M. Leblanc… Le hic est que ni l’une ni l’autre ne contenaient de pétrole ! Aigle avait déjà sévèrement sermonné « l’intendant » débutant Rémi pour avoir oublié le bidon de pétrole et son « formateur » Wapiti pour avoir défailli sur ce registre. Rémi déclara plus sympathique l’éclairage aux chandelles, « luxe » désormais rare dans les chaumières ! Et de l’avis de toute la patrouille, l’ami Martin avait sans doute une nette préférence pour cette lumière plus adaptée à sa vision nocturne…

 

Un vin chaud, généreusement sucré, avait été mijoté par le cuisinier en chef Panthère, , non par nécessité (il faisait plutôt tiède) mais par gourmandise. En outre, les ex-disparus de Baume Étrange, soustraits à l’hypothermie depuis peu, ne cessaient de réclamer du « chaud » ! Mouche avait mit un point d’honneur à leur préparer du thé, des chocolats « onctueux » (selon ses dires) et du café « suave » (à ce qu’il paraît) … Des biscuits et du chocolat en tablettes, avec de la confiture, se disputaient une place sur la table poisseuse du « repaire » du Pra.

 

L’étrange enlèvement avait eu lieu presque sans paroles. Le ton de l’injonction et les postures menaçantes des « feux follets » neutralisèrent toute volonté de résistance. De plus, la bande des pilleurs de grottes était largement supérieure en nombre ! Wapiti et Panthère ne doutèrent pas un instant de leur détermination à les contraindre à l’obéissance. Après avoir attendu longuement dans un fourgon, assis entre un amoncellement de caisses bien fermées, les deux scouts furent transportés sur le plateau de Presles, où on les contraignit de descendre au fond du scialet Nord-des-Furies. Leurs ravisseurs leur laissèrent du matériel de bivouac, de la nourriture et une réserve de carbure pour leurs lampes de spéléologues. L’opération avait été conduite sans explications. On leur annonça seulement que leur séjour souterrain serait de courte durée – « …Le temps de régler nos affaires – Nous ne sommes pas des assassins ! » avait rassuré l’un des ravisseurs. Wapiti et Panthère descendirent en rappel dans le gouffre, qu’il ne connaissait pas. Une fois en bas, la corde fut retirée depuis le haut : toute « évasion » de leur prison minérale devenait alors impossible… Les deux Choucas tentèrent de se réconforter en imaginant qu’il s’agissait d’un « Grand jeu » magistral, organisé par un camp scout voisin – une troupe de scouts-spéléologues qui était « en cheville » avec Aigle !

 

Mais très vite, Wapiti et son frère scout abandonnèrent cette hypothèse...

 

Suivez le guide!...

 

 

ECHELLE SCIALET.jpg



10/11/2016
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