Le sang du foulard

Le sang du foulard

Le centre du monde - Episode 34

Les Disparus de Baume Étrange

© Gérard Foissotte

 

L’épisode 33 c’est par ici !

 

XXXIV

 

Le centre du monde

 

Bien des choses s'étaient produites à l'extérieur durant l'expédition à la grotte du Lac Vert. En fin de matinée, la gendarmerie apprenait aux sauveteurs que le vieil Arnaud venait d'être retrouvé, sain et sauf... en Haute Savoie ! Le brave homme, qui errait dans les rues de Morzine, avait attiré l'attention des passants par son hébétude. Psychologiquement perturbé par une séquestration pénible, le paysan ne put fournir d'explications cohérentes aux gendarmes qui l'identifièrent. Dès lors, on avait levé le dispositif de recherches encore en place à Pré-les-Fonts (le matin même, des gendarmes de haute montagne et des volontaires avaient entamé un nouveau ratissage au bas du vallon...). La deuxième nouvelle importante fut communiquée en début d'après-midi : deux fourgons contenant des minéraux précieux soigneusement emballés avaient été découverts sur une aire de stationnement proche de la frontière suisse. Il s'agissait de véhicules loués sous de faux noms. Il fut aisé d'en déduire que les pilleurs de cavernes, contrecarrés dans leurs plans, avaient dû renoncer à leurs chargements, par crainte des barrages de police et des contrôles aux frontières et suite au retentissement de cette affaire, en France et en Europe...

 

Toutes les radios avaient diffusé ces informations par une série de « flashs » spéciaux.

 

Puis arriva Robert Leblanc et ses jeunes coéquipiers ! Sur les ondes, il n'était plus question que des révélations du propriétaire des grottes de Pré-les-Fonts concernant le « plafond de cristal ». Les journalistes consacrèrent tout leur talent à développer cette nouvelle « sensationnelle ». On parla de « découverte sans précédent », d'un « fabuleux trésor minéralogique », d'une « caverne d'Ali Baba de la nature », de « la plus grande découverte spéléologique du siècle », d'une « mine de cristaux rarissimes unique au monde » ... Une question fut maintes fois posée à Robert Leblanc : « Avez-vous l'intention de rendre accessible aux touristes cette cavité ? ». La réponse de M. Leblanc était catégorique : « Non ! ». Il convenait de protéger des altérations de toute sorte ce sanctuaire de calcite exceptionnel, où seuls des scientifiques spécialisés seraient tolérés pour des recherches ponctuelles. Mouche en particulier mais aussi Rémi, se réjouissaient sans retenue de cette interdiction d'accès aux « péquins » (pour utiliser le terme employé par Wapiti) qui faisait des Choucas des privilégiés enviables ! « Vous vous rendez-compte, s'écria le petit Mouche, nous serons les seuls gens à avoir vu la Chambre Secrète ! ». Le magazine « Paris-Match » achetait au gérant des grottes l'exclusivité d'un récit détaillé de l'exploration et des évènements dramatiques qui la précédèrent ; une séance de prises de vue photographiques était concédée à un grand photographe du magazine, où les scouts de la patrouille libre de Saint-Ange-sur-Rhône figureraient en bonne place. En fin de journée, un romancier qui signait à la célèbre collection pour la jeunesse « Signe de Piste » prenait contact avec M. Leblanc pour négocier l'autorisation de faire de cette aventure authentique un récit pour ses lecteurs - qui aurait guère besoin d'être romancé...

 

Pour le « constat » d'usage, deux gendarmes se rendirent en début de soirée dans la « chambre secrète », conduits par Robert Leblanc et Hiboux paisible (qui avait dû quitter Pré-les-Fonts pour la journée), avec quelques autres spéléologues. A l'extérieur, l'épouse de Robert et leur fils contenaient les journalistes qui, tous, souhaitaient visiter la galerie au plafond de cristal. Le gérant des grottes avait été formel : la presse n'aurait jamais accès au « sanctuaire ». Quant aux visiteurs futurs, fussent-ils scientifiques, chacun aurait au préalable à signer une promesse de taire l'emplacement de la Méduse - le nom même de cette coulée stalagmitique devant être tenu secret.

 

Le soir, les jeunes scouts-spéléologues retrouvaient un hameau du Pra silencieux et désert. Le ciel était couvert et il faisait frais. On alluma la cheminée. Les bûches crépitèrent et les flammes égayèrent la pièce humide. Sur la poutre noircie qui chapeautait l'âtre, la tête de mort affichait son immortel sourire sibyllin... Une lampe à acétylène éclairait la table. Le repas copieux, concocté par Renard et Mouche, avec un excellent « sauté de porc » au vin rouge rendu possible grâce aux provisions amenées par l'aumônier, était joyeux et animé. Aigle mettait à l'ordre du jour (ou plutôt de « la nuit ») le fait de regagner « leur » camp dès le lendemain ; l'épisode... (« Les épisodes ! » corrigea Mouche), des « Disparus de Baume Étrange » ne devait pas gommer définitivement leur programme de camp d'été ! Toute la patrouille en était d'accord. Mouche exulta : « Chic ! On va enfin pouvoir faire de l'escalade ! - Et de l'archéologie ? s'empressa d'ajouter Rémi. - De la rando et tout et tout... ! confirma le CP – Allez ! Goûtez-moi donc ce sauté de porc, mes frères ! recadrait le chef cuistot avec une fierté appuyée. – Oh ! C'est moi qui ai mis les aromates... » ne manqua pas de préciser Mouche. Un petit poste à transistors prêté par Robert Leblanc fonctionnait en sourdine car on guettait les messages d'information à propos du Plafond de Cristal... Les perspectives de reprendre le fil du « camp d'été » ne se substituaient pas totalement à l'intérêt que la patrouille portait à l'affaire !

 

Au « journal parlé » de vingt-deux heures, justement, le gros titre concernait « le calvaire du père Arnaud »...

 

Il y eut un bref résumé du film de la journée à Pré-les-Fonts puis la diffusion d'un entretien enregistré en début de soirée entre M. Arnaud (alité à l'hôpital où il recevait des soins) et un journaliste. Le vieux berger recouvrait peu à peu ses esprits. Bien que manquant de clarté, ses propos répondaient aux interrogations fondamentales. Les Choucas étaient tout ouïe.

 

Le soir du lundi 2 juillet, de retour de Baume Étrange, le père Arnaud trouvait devant sa porte deux individus du groupe dont il avait été témoin du manège, durant leur va-et-vient nocturne sur le sentier des grottes. Il reconnaissait un fourgon. Les pilleurs de cristaux le forcèrent à monter dans le véhicule. Le chien s'était sauvé, pourchassé par l'un des malfaiteurs, lequel était revenu sans l'animal un instant plus tard. « Je lui ai réglé son sort ! » avait annoncé l'homme, laconique. Trois heures plus tard, le père Arnaud était installé dans une chambre d'un chalet de montagne. Le vieux berger ignorait le mobile de leurs escapades nocturnes dans le cirque de Pré-les-Fonts mais l'homme qui paraissait être le chef l'interrogea sur ce qu'il pouvait « savoir » de leurs agissements... Son aventure s'acheva trois jours plus tard, ce vendredi donc, quand il fut abandonné dans une rue de Morzine, village situé à la frontière franco-suisse et non loin de l'Italie. Au bout de son récit, le vieil homme éclata en sanglot, pleurant son chien dont il avait appris le sauvage assassinat...

 

Autour de la table du Pra, l'émotion avait plombé l'ambiance. Dans un soudain silence, seul Mouche fut attentif au bruit que fit le déplacement d'une bûche près de l'âtre : encore un loir ! pensait-il.

 

...

 

SAMEDI 7 JUILLET

 

11h - Grasse matinée pour toute la patrouille ! Aigle décide que, désormais, le gîte de M. Leblanc ne serait « réquisitionné » qu'en cas « d'intempéries graves »... Hibou Paisible annonce son départ pour dimanche soir. Renard et Panthère sont convoqués pour servir la grand-messe dominicale au village. Rémi est nommé « secrétaire-reporter » provisoire ; il est chargé de relater dans le moindre détail, avec la collaboration de Mouche, tous les faits glorieux de la patrouille depuis le jour Un du camp.

 

14h - Repas léger sur la pelouse du campement. Les couleurs claquent au bout du mât.

 

16h - Promenade sur les sentiers des cascades. Malgré la pancarte « grottes fermées - réouverture dimanche 8 juillet », appliquée sur le panneau de bois, au bord de la Départementale 531, les touristes n'ont cessé d'affluer à Baume Étrange. M. Leblanc a bien du mal à faire face aux assauts des visiteurs mais il n'ouvrira pas la grotte (repos général). Xavier, son fils, fait le serveur et la buvette est rapidement vidée de ses réserves de boissons.  Le « plafond de cristal » est à la une, paraît-il, de tous les journaux et M. Leblanc s'attend à accueillir beaucoup de visiteurs ce dimanche. Deux spéléologues amis ont bivouaqué sous le porche du Lac Vert - qui sera ainsi gardé nuit et jour jusqu'à ce qu'un obstacle verrouillé soit installé derrière la Méduse Blanche.

 

19h30 - Retour au camp. Grillades sur un grand feu. Notre aumônier assiste à la veillée ainsi que le fils Leblanc. Veillée très joyeuse menée avec talent par le boute en train Mouche : il nous raconte une histoire fofolle de garçons rebelles avec des scènes très drôles qu'il nous joue comme au théâtre (« la Bande des Ayacks » qui existe en livre chez Signe de Piste ).

 

22h30 - Extinction des feux. Hibou dort dans le marabout avec Xavier qui préfère camper que passer la nuit, seul, dans la maisonnette à la tête de mort !

 

Toute la journée : temps couvert. On sent que la pluie est pour demain.

 

 

(Fin des notes de Rémi)

 

 

Suite et fin sur ce clic...

 

 

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10/02/2017
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