Le sang du foulard

Le sang du foulard

Le Squelette de l'aven - Episode 41

Roman feuilleton inédit de Gérard Foissotte © 2018

L'épisode précédent est sur ce lien

Avertissement : les aventures de la patrouille des Choucas se déroulent avant 1962

 

 

A Paul-Jacques Bonzon et à ses Six compagnons

qui m'ont mis sur la piste de vraies aventures

 

...et à mon fils !

 

 

 

Le squelette et la gourde

 

 Je dédie plus particulièrement ce chapitre à la mémoire d'Arsène Héritier,

archéologue émérite qui m'a initié à la passion des fouilles et de la quête du passé...

 

 

L'odeur de l’encens d’église emplit la travée centrale en accompagnant les volutes ouatées de fumée blanche. L’abbé aumônier, de nouveau méconnaissable sous sa chape rouge richement brodée d’or, clôt la procession ouverte par le thuriféraire, qui balance (avec une sobre fierté) d’avant en arrière l’encensoir d’argent. C’est qu’en ce dimanche de la Sainte Juliette, (martyre du quatrième siècle, a précisé Renard), le curé de Bidon a délégué cette tâche très technique au scout cuisinier mais non moins liturgiste, thuriféraire émérite dans sa paroisse ! Il s’agit là d’un petit privilège « de service » que le thuriféraire local en titre lui a cédé sans rechigner. Panthère et Renard, « transfigurés » dès après avoir revêtu soutanelles rouges et surplis blancs, ont retrouver leurs trois acolytes campagnards de dimanche dernier. A la gauche du choucas, un petit blondinet de sept ans, dont on peut craindre que la soutanelle qui recouvre ses chaussures « du dimanche » ne le fasse trébucher, porte la navette argentée contenant le précieux encens. Panthère est le cruciféraire du jour. L’officiant et ses servants, après être sortis de la sacristie, à gauche du chœur, ont descendu l’étroit passage situé entre le mur au nord et la rangée de bancs, totalement occupés, puis ont remonté l’allée centrale. Le lecteur qui ne fréquente pas les églises s’étonnera peut-être que j’évoque ces détails cérémoniels ; qu’il se souvienne que l’élément spirituel participe de la vie de la patrouille libre du Choucas et que l’engagement de ses deux liturgistes y a un sens et n’est pas du folklore. Cette communion dans le credo et la pratique religieuse catholique contribue à souder la patrouille, tandis que la collaboration pastorale du prêtre-aumônier en constitue le cachet. Dans cette petite église de village où tous les paroissiens se connaissent, la procession dominicale avec les deux patrouillards de Saint-Ange-sur-Rhône n’est pas un évènement anodin ! En « camp d’été » dans la garrigue, isolés dans leur clairière du Lion, les scouts de Saint Ange ont à cœur de prêter leurs enfants de chœur pour le service de l’autel de l’église locale ! Non intégrés à la vie de la commune, avec pour seuls « relais » la famille Darbousset et le curé du village et aumônier momentané, la patrouille du Choucas, du fait de la nature de ses activités très spécialisées (la spéléologie ne concerne généralement pas la paysannerie), tient comme précieuse la participation de leurs liturgistes à la grand-messe. Tout les villageois, tous les fermiers savent que « des Scouts de France » résident temporairement au pays. On y peut les croiser sur les routes, les rencontrer au village, les voir à distance « jouer » dans la garrigue, chemises et culottes kaki plus ou moins confondues avec les buis et les chaînes verts. Le drapeau en haut du mât est visible bien qu'éloigné de la route, car la végétation est majoritairement de faible hauteur.  Gustave, quand il rencontre d’autres paysans, juché sur son tracteur ou en conduisant les chèvres en pâture, évoque peu ou prou la présence de « ses invités » en relatant leurs « travaux de terrassiers », leurs découvertes, leur cuisine au feu de bois (le dynamitage, quant à lui, reste « top secret »)… Mais pour presque toute la population du coin, les scouts « de chez les Darbousset » sont des êtres dont on parle mais qu’on ne voit jamais. Or, à la messe du dimanche, « on » les voit bien : leurs uniformes impeccablement mis, leurs foulards noir à liseré blanc et leurs bérets noirs avec (cerises carmin sur le gâteau), deux « enfants de chœur » fraîchement débarqués mais bien aguerris à leurs fonctions sacrées ! Des paroissiennes en sont particulièrement ravies : avec la venue « des scouts de La Soupine », leur curé peut soigner la liturgie dominicale, notamment en constituant une « vraie » procession d’entrée (et de sortie), digne de ce nom. La liturgie est une belle chose !

 

Homme athée, Arsène H. n’assistera pas à la messe. L’abbé Pradel lui a aimablement proposé d’attendre la fin de l’office au presbytère en y examinant les ossements et en goûtant son vin de pêche - péché mignon du curé. La patrouille le retrouve au sortir de l’office, n’ayant qu’à traverser la ruelle qui sépare l’église du presbytère. En fendant la foule de fidèles qui papotent sur la placette, les choucas ont droit à d’amicales salutations de la gente autochtone, les Bidonais ayant enfin accepté les « étrangers » - qui ne sont  plus vus désormais comme des envahisseurs. Le curé Pradel, en soutane, converse avec des ouailles sur l’étroit parvis de son église. Le ciel est sombre, fermé par une chape grise mais non encore menaçant – cette nuit peut-être, l’orage grondera sur la garrigue, ébranlera les fondements du Lion ? Pour l’heure, la préoccupation de la patrouille est tout autre : « qui » est le squelette de l’aven du Poulet ? Ou plutôt, quelle est l’époque où l’homme a vécu ? Renard préconise la préhistoire, Wapiti s’attache à un homicide du 19ème siècle… Les paris sont ouverts.

 

Dans la salle à manger du presbytère, fleurant bon la cire d’abeille et le vieux bois, l’archéologue de Saint-Ange est tassé dans un fauteuil « Voltaire », un livre ancien joliment relié entre les mains. Les ossements-reliques sont étalés sur la table, couchés sur une feuille double de papier journal ; le morceau de tibia, qui mesure vingt-cinq centimètres « et demi » (Mouche tient à le préciser), attire tous les regards. Un verre vide accroche la lumière diffuse venue par la fenêtre qui donne sur le jardin avec, à proximité, une antique bouteille en verre blanc au cul épais, à moitié pleine, dont le liquide mordoré est terni par la pénombre d’un ciel obstrué. M. H. a eu tôt fait d’identifier les restes humains et d’opiner sur leur âge. Le tibia, la tête de fémur et le quart de bassin ainsi que les vertèbres attestent qu'il s'agit d'un individu de sexe masculin ; la texture, l’état des ossements, totalement décalcifiés, poreux comme une éponge, la couleur jaunâtre, rien de cela en revanche ne permet de compartimenter l’historique de l’individu mystérieux. « Le bonhomme peut aussi bien avoir vécu il y a trois cents ans qu'il y a trois mille ans ! diagnostique l’archéologue. Seul une datation au ‘carbone 14’ pourrait éclaircir cette passionnante énigme, poursuit le scientifique. La méthode, inventée par l’américain Willard Frank Libby, a été publiée en 1947 ; elle permet de remonter au plus loin jusqu’à 40.000 ans… 40.000 ans ? s’étonne Mouche, subjugué. – Il y a bien d’autres méthodes, plus récentes et très pointues, comme la ‘conductivité ultra-sonore’, qui utilise un échoscope à 2 mégahertz [MHz], basée sur la conductivité intra-osseuse des ultra-sons, mais l’étalonnage reste à formater ! ». La patrouille des choucas écoute le savant avec la même attention qu’une classe d’élèves hautement disciplinés – sans pour autant en pouvoir suivre, vraiment, la teneur ! Mais qu’à cela ne tienne…, on sait désormais que le « squelette de l’aven » se trouve entre de bonnes mains, en tout cas, en attendant sa « réinhumation » qui sera diligentée sous la houlette de l’abbé Pradel, d’un commun accord - la patrouille en ayant « fait don » à la commune. Va-t-on faire procéder à une datation au carbone 14 ? Trop onéreux, rappelle Arsène H., et finalement pas vraiment utile. Aucun vestige archéologique n’a été mis à jour à proximité immédiate du squelette, qui ait pu permettre de déterminer le pourquoi et le comment l’Homme mort du Poulet a élu sa dernière demeure dans l’aven perdu de la garrigue. « Peut-être un crime, donc ? se plait à relancer Mouche. – Aucune trace de vêtement, pas le moindre lambeau de tissu ou de cuir…, le cadavre a été jeté tout nu dans le gouffre ! rappelle Wapiti – Un naturiste ? » plaisante Rémi, déclenchant un rire général. Le total anonymat des ossements humains libère les choucas, chacun y allant de sa plaisanterie d’humour funèbre, excepté Panthère, lequel est toujours gêné que l'on se moque d'un défunt, soit-il en pièces détachées. « Moi, je sais ! s’écrie Mouche », c’est un baigneur qui a perdu son maillot de bain dans les gorges et qui est venu le chercher sur la garrigue, le croyant emporté par le vent ! ». Ce dernier trait ramène Aigle au programme dominical : « A propos de baignade, si vous voulez descendre dans les gorges avant la nuit et après une sieste, faudrait peut’êt’ ben se magner ? Non ? ». Un point reste néanmoins à éclaircir, qui titille particulièrement le boute en train. « Et la gourde vieille de quatre mille ans ? ». Notre brave petit Mouche ne possède toujours pas de réponse à son angoissante question. Arrivé dans la soirée avant l’exhumation, pris dans le feu du PDDM au matin, M. H. n’a pas abordé le sujet ; « l’inventeur » de la « plus vieille gourde du monde » (sic), n’a pas osé, quant à lui, extraire de sa cachette le précieux trésor en terre, tous étant pressés de se rendre à Bidon. Ô, c’est qu’il en mourait d’envie notre boute en train ! Mais il s’est souvenu qu’un scout pondéré et patient, respectueux de ses frères, vaut beaucoup mieux que six scouts qui ne tiennent pas en place, harcèlent ses invités, trépignent de savoir tout sur tout, à tout moment… Mouche-pas-touche a quelque difficulté à ne point papillonner inopportunément mais il parvient à endiguer ses impatiences. « Ah oui ! fait M. H., mais il faudra d’abord que tu me les montres ces tessons ! ». Sourire bienveillant de l’archéologue et regards amusés des autres choucas.

 

A l'arrivée de l'abbé Pradel, une menthe à l'eau est offerte aux choucas, un vin de pêche aux « grandes personnes ». Personne n'est venu à jeun ce matin et nul n'a « communié » pas même les enfants de chœur (je crois savoir que les scouts de Saint-Ange ne se sentent pas à l'aise pour l'eucharistie, quand ils ne passent pas en « confession »). Le PDDM a été consistant et nos choucas n'ont pas encore l'estomac dans les talons. Un mini débat de dix minutes a lieu entre le curé et Arsène à propos de L'Apparition de l'homme, de Pierre Teilhard de Chardin, archéologue, paléontologue, philosophe et prêtre - c'était là la lecture de M. H., ouvrage tiré de la bibliothèque de l'abbé Pradel -, sous l'œil attentif de Jacques Maurice. Le sujet et « l'argument » dépassent la compréhension des jeunes scouts ; Renard paraît néanmoins suivre quelque peu la brève discussion et l'on peut s'attendre à ce qu'il en cause à ses frères scouts. Lors d'un « temps spirituel » futur, leur aumônier apprendra aux choucas que cet auteur, éminent savant, chercheur de notoriété mondiale, ayant réussi à aménager sa foi chrétienne et son sacerdoce avec les découvertes archéologiques et le darwinisme, a été sanctionné par le Vatican, et demeure controversé par la communauté catholique*...

 

Le plafond céleste reste gris et du zénith rien n’est visible. Le camp est silencieux. Le drapeau flotte par saccades, claquant sous l’effet de quelques bourrasques. Les deux voitures automobiles sont rangées sur le devant de la clairière, bien à l’écart du foyer et des tentes afin de respecter l’espace de vie. Bruits secs des portières, échanges de paroles anodines… « Vite ! Au feu ! » proclame l’assistant cuisinier. Arthur est invisible. Va-t-il surgir du marabout ? Panthère entre dans le kraal puis en ressort, une pèlerine noire à bout de bras : « Regardez ! – Ma cape ! » s’écrie Renard, un grande bonheur dans la voix. Je m’interroge : Yug a-t-il une nouvelle fois déserté ? La pèlerine de Renard est-elle un cadeau d’adieu de l’enfant de la garrigue ? Un trouble envahit mon esprit tandis que le C.P. se pince les lèvres, le visage subitement grave. Mouche est dubitatif et je devine qu’un émoi s’en empare. Hibou Paisible exprime à voix basse la pensée commune : « Il est parti ?! ». La courte phrase hésite entre affirmation et interrogation. Le C.P. se ressaisit : « Bon ! Il faut allumer le feu, les scouts !... Renard, Mouche, à vos fourneaux ! Je cours à la glacière. »

 

Un cri joyeux arrive de la garrigue, sort de la lisière, porté par une petite silhouette très chevelue qu’une peau de chèvre rend trapue sur des jambes frêles, et dont les bras sont chargés d’un stock conséquent de branches de bois sec. Tous les visages s’éclairent d’un sourire ; Yug nous est revenu ! Yug n’a pas fait la malle ; Yug a été cueillir du bois mort pour l’amorçage du feu de camp ! « Sympa ! Il m’a rapporté ma pèlerine ! Il est de parole... » dit le scout-cuisinier à son assistant, alors qu’ils réunissent gamelles et boîtes de flageolets verts entreposés dans le marabout. « Regarde ! » fait Mouche, les bras repliés sur trois boîtes de haricots ; d’un geste du menton, le jeune garçon désigne une sorte de baluchon jeté sur la couche de buis, constitué d’un torchon ramené sur ses quatre bouts. Ce sac sommaire en partie ouvert laisse apparaître son contenu : « Les ossements ! ».

 

Le squelette de l'aven est en quelque sorte... « reconstitué ».

 

« Ah ! Montrez-moi donc la plus vieille gourde du monde ! » dit Arsène, un verre de vin rouge des Darbousset à la main. Yug a allumé le feu avec son briquet préhistorique, Mouche a commencé d'ouvrir les boîtes de flageolets, Renard épluche des gousses d’ail, Aigle revient avec les côtes d’agneau (élevé sous la mère) qu’il a tirées de la crevasse-glacière.  Rémi fait deux pas en direction de la « muraille » où Mouche a dissimulé (dans une nouvelle cachette) la potiche brisée, aussitôt freiné par le cuisinier en second : « Attends, j’y vais ! intervient Mouche. Tiens, tu veux bien continuer à ouvrir les boîtes ? ». Depuis l’extraction de la céramique, il est admis dans la patrouille que Mouche en est non seulement l’inventeur mais aussi le « conservateur » ; aussi, nul ne l’enjoint de continuer à actionner l’ouvre-boîte plutôt que de courir au « coffre-fort ». Deux minutes plus tard, le garçon présente cérémonieusement le petit sac de toile, ouvert, à l’archéologue de Saint-Ange-sur-Rhône. Quinze mètres séparent la cache du foyer, quinze mètres que le boute en train a parcourus à grandes enjambées, tenant le sac des reliques « comme s’il s’agissait du Saint-Sacrement » aux dires de Wapiti. Le sac est vidé de son contenu sur la pelouse, devant l’archéologue accroupi. « Oooh ! Joli ! » fait l’archéologue, avec un accent de sincérité non feint. Arsène H. prend délicatement un morceau puis un autre, examinant chacun des fragments « sous toutes ses coutures » et notamment sur leur tranche, la texture du matériel y apparaissant en coupe – et en révélant la confection. « La nature de la terre employée avec son dégraissant nous dira beaucoup de choses sur son usage et son âge… Là, sans conteste, on est sur du Chalcolithique… Quant à la forme du cul de poterie… ».

 

Un merveilleux voyage dans le temps commence, qui va être l’apéritif généreusement servi par le savant Arsène H. Les côtes d’agneau (élevé sous la mère) risquent fort d’en être oubliés sur les braises du feu de camp !

 

A suivre...

                

 

 

Lexique

 

Chape : ample cape longue jusqu'aux pieds et ouverte sur le devant, utilisée pour les processions et d'autres occasions en dehors de la messe. Arrivé dans le chœur, le prêtre, en aube et surplis, tombe la chape et revêt la chasuble

Thuriféraire : (liturgie) servant d'autel qui porte l'encensoir et l'agite pour qu'il fonctionne durant l'office

Naviculaire : (liturgie) ou porte-navette. Il porte le petit récipient en forme de bateau qui contient l'encens

Cruciféraire : (liturgie) servant d'autel qui porte la croix de procession avec le crucifix

Péché mignon : une faiblesse sans gravité

La gente autochtone : les gens du pays (ici, du village et de son territoire)

Sacerdoce : fonction d'un serviteur ("ministre") de Dieu

Saint-Sacrement : ou l'Eucharistie, représentant sous forme de l'hostie le corps du Christ que les fidèles absorbent à la "communion" durant la messe. Quand le prêtre ou un servant de messe porte le Ciboire (le vase sacré) qui contient l'hostie, il adopte une attitude digne et grave, empreinte d'un profond respect.

 

Références

 

* Pierre Teilhard de Chardin : né en 1881 dans le Puy-de-Dôme et mort en1955 à New York. Plusieurs prêtres ont été de grands archéologues ou paléontologues.

* Darwinisme : Charles Darwin (1809-1882) explique "l'évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale". Sa théorie s'oppose au récit du livre de La Genèse (Bible) qui explique la "création du Monde" en six jours avec l'apparition immédiate de l'homme Adam puis d'Eve, issue d'une côte d'Adam... Des chrétiens s'accommodent de la théorie de Darwin en considérant que La Genèse présente un récit symbolique qu'il ne faut pas prendre "à la lettre" mais comme une fable de "la création" qui ne remet pas en cause l'intervention divine.

 

Des photos des fragments de squelette découverts par l'auteur de ce roman, et qui en ont inspiré l'intrigue, sont visibles sur "Les vestiges du squelette de l'aven".

 

 

 

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14/08/2019
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